Graphisme
Logo : ce qu'il faut exiger de son graphiste
Un logo livré en JPEG est un logo à refaire. Voici les huit livrables qui distinguent un travail professionnel d'un dessin acheté au kilomètre.
Beaucoup d'entreprises découvrent le problème deux ans après : il faut imprimer une bâche, et le seul fichier disponible est un JPEG de 800 pixels avec un fond blanc. Le logo est à refaire. Voici ce qu'il fallait exiger.
1. Les fichiers vectoriels
Un logo doit être livré en vectoriel : SVG, AI, EPS ou PDF. Contrairement à un JPEG ou un PNG, un fichier vectoriel décrit des formes mathématiques et non des pixels. Il s'agrandit à l'infini sans perdre en qualité — du timbre au panneau autoroutier.
Si votre prestataire ne peut pas fournir de vectoriel, c'est que le logo a été dessiné dans un outil inadapté, ou qu'il ne l'a pas créé lui-même.
2. Les déclinaisons
Un logo n'existe pas en une seule version. Il vous faut au minimum :
- La version principale, en couleur, sur fond clair.
- Une version pour fond sombre (généralement blanche).
- Une version monochrome noir — pour les tampons, les fax, les impressions en une couleur, les gravures.
- Une version horizontale et une version compacte ou carrée.
- Un symbole seul, sans le texte, pour les usages minuscules.
3. Les formats d'usage courant
Personne ne veut ouvrir Illustrator pour mettre une photo de profil. Exigez les exports prêts à l'emploi : PNG transparent en plusieurs tailles, favicon 32 × 32, icône 512 × 512, et les formats exacts des photos de profil et bannières Facebook, Instagram et LinkedIn.
4. La charte graphique
Un document de quelques pages qui fixe les règles :
- Les couleurs en hexadécimal (web), RVB (écran), CMJN (impression) et Pantone (impression en tons directs). Ce sont quatre systèmes différents ; un bleu correct à l'écran peut virer au violet sur une brochure si la conversion n'a pas été faite.
- Les typographies, leurs graisses, et une alternative gratuite en cas d'indisponibilité.
- La zone de protection : l'espace vide minimum autour du logo.
- La taille minimale d'utilisation.
- Les usages interdits, illustrés : logo déformé, recoloré, sur fond chargé, avec effets ajoutés.
Sans ce document, votre identité se délite en dix-huit mois : chaque prestataire choisit sa nuance de bleu.
5. La cession de droits, écrite
C'est le point le plus négligé, et juridiquement le plus important. En droit belge comme français, l'auteur d'une œuvre graphique conserve ses droits patrimoniaux sauf cession écrite. Payer une facture ne suffit pas à acquérir les droits.
Le devis ou le contrat doit mentionner explicitement la cession des droits patrimoniaux, pour tous supports, tous territoires et toute la durée légale. Sans cette phrase, vous n'êtes pas propriétaire de votre propre logo.
6. Les polices, et leur licence
Si le logo utilise une police commerciale, deux cas : soit le texte a été vectorisé (transformé en formes) et il n'y a plus de dépendance, soit il ne l'a pas été et vous devez posséder la licence pour l'utiliser.
Demandez que le texte du logo soit vectorisé. Et faites-vous préciser quelle police est utilisée pour vos futurs supports, avec sa licence.
7. Le contrôle d'antériorité
Un graphiste sérieux vérifie que votre logo ne ressemble pas à celui d'un concurrent et que le nom n'est pas déjà déposé dans votre secteur. Une recherche gratuite dans les bases du Benelux (BOIP) et de l'Union européenne (EUIPO) prend vingt minutes et évite des ennuis coûteux.
Ce n'est pas un dépôt de marque — c'est une démarche distincte, que nous recommandons vivement si votre nom a de la valeur.
8. Les sources modifiables
Les fichiers de travail (AI, avec les calques) doivent vous être remis. Ils permettent à n'importe quel graphiste de reprendre le travail. Un prestataire qui refuse de les livrer organise votre dépendance.
Et les logos à 50 € ?
Ils existent sur les plateformes internationales, et ils reposent sur trois mécanismes : des symboles piochés dans des banques d'icônes (que vos concurrents peuvent utiliser aussi), aucune cession de droits, et aucun contrôle d'antériorité.
Pour tester une idée d'entreprise, c'est acceptable. Pour une activité installée qui va imprimer, lettrer un véhicule et bâtir une réputation locale, le calcul est mauvais : refaire une identité après trois ans coûte bien plus cher que de la faire correctement une fois.
Le bon ordre des opérations
Un logo ne se dessine pas en premier. Il se dessine après avoir répondu à trois questions : à qui vous parlez, ce qui vous distingue de votre voisin, et où le logo sera vu le plus souvent. Un logo destiné à une camionnette et un logo destiné à une application n'obéissent pas aux mêmes contraintes de lisibilité.
- logo
- identité visuelle
- charte graphique
- droits